La fin de l’ère de l’argent gratuit

Attention, changement d’ère économique. En quelques mois, avec le grand retour de l’inflation, les taux d’intérêt se sont mis à augmenter brutalement. Fini l’argent gratuit ou à taux négatif, cette époque où le «quoi qu’il en coûte» ne coûtait pas grand-chose. Emprunter nécessite désormais de payer des intérêts.

En décembre 2021, le taux d’intérêt français pour les obligations à dix ans était encore à zéro. Aujourd’hui, il atteint 1.5%. C’est au plus haut depuis 2014. En Allemagne, pays refuge, il a atteint 1% mardi 3 mai, pour la première fois en huit ans, contre – 0.3% six mois plus tôt. La veille, le taux américain à dix ans avait dépassé 3% pour la première fois depuis 2018, un doublement en six mois.

Si ces niveaux restent bas par rapport à leur moyenne dans le temps, le basculement est historique: depuis les années 1980 et la maîtrise de l’inflation, les taux étaient en baisse constante. En 1990, le gouvernement français empruntait à 10%; en 2000, à 5%; en 2010 is 2%; et à taux légèrement négatif en 2021.

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Aujourd’hui, le mouvement s’est inversé. «Après trente ans de baisse séculaire des taux d’intérêt, et quinze ans d’intervention non conventionnelle des banques centrales, on entre dans un nouveau régime»estime Frédérik Ducrozet, stratégiste à Pictet Asset Management, un gérant d’actifs suisse.

Ce retournement se produit alors que jamais la dette n’a été aussi élevée. Pendant la pandémie, les Etats, mais aussi les entreprises – et dans une moindre mesure les ménages – ont eu recours aux crédits. En zone euro, l’endettement total (Etats, entreprises, ménages) atteignait 400% du produit intérieur brut (PIB) au quatrième trimestre de 2021, dix-neuf points de plus qu’avant le Covid-19, selon la banque UBS. Dans ces circonstances, le moindre mouvement de taux d’intérêt est très sensible.

Cette inversion de tendance n’est pas nécessairement négative. Pendant des années, la zone euro s’est débattue avec la déflation et sortir de ce piège est le bienvenu. Pour les épargnants, la hausse des taux est aussi une bonne nouvelle. Par ailleurs, les taux d’intérêt réels (corrigés de l’inflation) demeurent très bas, ce qui allège le poids de la dette. Enfin, les Etats et les entreprises ont des marges de manœuvre, s’étant refinancés à très bons prix ces dernières années. Mais le changement de paradigme est profond, pour les gouvernements, les entreprises, les consommateurs et les marchés financiers.

Le grand resserrement monétaire mondial

La semaine s’annonce agitée pour les grandes banques centrales. Mercredi 4 mai, la Réserve fédérale américaine (Fed) va augmenter son taux directeur, pour la deuxième fois en deux mois. La seule question est de savoir s’il s’agira d’une hausse d’un quart de point ou d’un demi-point. Le taux de la Fed, qui était de zéro au début de l’année, pourrait atteindre ainsi 0.75%, et devrait dépasser 2% d’ici la fin de l’année.

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