Un pêcheur entrepreneur inquiet pour l’avenir

Pour moi, la pêche, c’est un prétexte. Une excuse pratique pour connecter avec la nature, passer du bon temps entre amis, ou siroter une bière en me disant qu’il est bien midi quelque part.

Cette semaine, j’ai taquiné la truite avec le seul et unique Réal Massé, le moustachu propriétaire de la pourvoirie qui porte son nom depuis 1986. Cette partie de pêche était aussi un prétexte pour parler de pénurie de main-d’œuvre en région .

À 81 ans, Réal déborde d’énergie, et c’est tant mieux, parce que malgré d’excellentes conditions de travail, les employés ne se bousculent pas à sa porte.

«Je travaille en ce moment entre 110 et 115 heures par semaine. Du matin au soir, sept jours sur sept », m’a-t-il confié.

Et s’il travaille autant, c’est parce qu’il est passionné … et qu’il ne trouve pas suffisamment de travailleurs.

«Les employés sont logés, nourris et habillés. Personne ne gagne moins de 1200 $ par semaine. Tout est fourni! »

Déficit démographique

Et pourtant, M. Massé peine à recruter des employés. Il en a 34 en ce moment, et ils triment major. Lui-même s’occupe des chemins, du service à la clientèle et de l’entretien de ses bateaux.

«La main-d’œuvre, c’est incroyable, il n’y en a pratiquement pas! »

À Saint-Zénon, dans Lanaudière, 16 lacs et 20 km carrés de nature, la pourvoirie Au pays de Réal Massé accueille des milliers de clients chaque été. Ce qui inquiète le propriétaire, ce n’est pas l’avenir de son petit paradis, c’est l’avenir du Québec et de son déficit démographique.

«Je vais dire ce que je pense vraiment, même si ce n’est pas politiquement correct. Il ya plus de personnes vieillissantes que de naissances. Ça prend des enfants, s’est-il exclamé. Demain matin, si j’étais premier ministre, j’offrirais 1000 $ par mois par enfant jusqu’à concurrence de quatre enfants. Ça prend de la relève. »

Le constat alarmant que dresse Réal Massé est partagé par de nombreux démographes partout dans le monde, et on commence de plus en plus à en parler. On se dirige vers un monde dépeuplé.

Vieillissement

D’ici 2050, 151 des 195 pays de la planète se trouveront en situation de décroissance démographique. Cela veut dire moins d’enfants, donc moins d’employés et plus de personnes âgées.

Le vieillissement des populations, déjà notable en Occident et en Asie, va aggraver le problème de pénurie de main-d’œuvre. Il faudra nécessairement trouver de nouveaux moteurs de croissance pour remplacer la démographie.

Cette dépopulation va peut-être permettre de remédier à certains problèmes, qu’ils soient écologiques ou sociaux. Mais ne vous voilez pas la face. Le modèle actuel est en péril. Pensez aux systèmes de retraite, à l’assurance maladie ou encore à la protection sociale. Moins de travailleurs égale moins de contributeurs. C’est la plus simple des logiques.

Le défi du prochain siècle

Le Québec est vieillissant, tout comme une bonne partie du monde. Sommes-nous assez riches pour financer cette réalité? Dans sa forêt de Saint-Zénon, Réal Massé en doute.

«Ça prend de la relève! »M’a-t-il répété sur son pontoon, entre deux belles prises de truite arc-en-ciel. Des bébés et une immigration savamment planifiée, c’est probablement la seule porte de sortie de plusieurs sociétés âgées.

Un monde dépeuplé, c’est le défi du prochain siècle, et l’avenir appartient aux pays qui vont se restructurer avant qu’il ne soit trop tard.

Bilan de ma journée de pêche: un reportage dont je suis fier, six belles truites et toute une réflexion sur la bombe démographique qui nous pend au nez. Parce qu’entre amis, dans un bateau, la pêche, c’est un beau prétexte pour jaser. Loin de la ville et des ondes cellulaires, quel bel environnement pour réfléchir … et refaire le monde.

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